L'attachement maternel, le premier lien émotionnel formé à la naissance, est important pour la construction de la sécurité émotionnelle et le développement
Psychologique d'une personne. Une figure pionnière de la théorie de l'attachement, Bowlby
(1988), déclare que « les interactions précoces avec une figure maternelle sensible et
réceptive permettent de développer la confiance en soi et les compétences sociales » 3.
Néanmoins, lorsque cette relation est affectée par des dysfonctionnements tels que des
comportements ambivalents, un rejet émotionnel ou une négligence affective, les
conséquences peuvent être profondes et durables. Cette perturbation peut déformer l'auto
concept, affecter les relations interpersonnelles et donner naissance à des mécanismes
d'adaptation nuisibles. Dans cette recherche je vais étudier la scarification qui en premier
lieu apparait comme un moyen d’autodestruction mais en creusant plus, on déduit que
dans cet acte en trouve une voie de résilience. A savoir que la scarification, est une pratique
très ancienne, qui a une histoire riche et diverse à travers le monde. Par exemple, en
Afrique, elle a servi de rite de passage permettant d'accéder à la vie adulte ou d’appartenir à
un groupe. Ces marques rituelles, que l'on portait, étaient des marques de bravoure et de
force. Dans les sociétés de l'Océanie et de l'Amérique du Sud, la scarification avait aussi
d'autres formes d’utilisation, tel que le fait de rendre hommage aux ancêtres. Cependant,
dans les sociétés modernes, le même acte prend d'autres formes, s'inscrivant parfois dans
une psychologie compliquée au rapport à la souffrance émotionnelle.
Au Maroc, la scarification a également une histoire profondément enracinée dans les
traditions culturelles. Autrefois, certaines communautés rurales utilisaient des
scarifications pour des raisons médicinales ou spirituelles. Par exemple, des motifs étaient
gravés sur la peau pour éloigner les mauvais esprits ou guérir des maladies perçues comme
surnaturelles (Belkhouja, 2011) 4. Ces pratiques, bien que moins courantes aujourd’hui,
témoignent de l’importance symbolique et identitaire de la peau dans les relations sociales
et culturelles. De manière similaire, le tatouage au Maroc a longtemps été utilisé comme
une forme de scarification esthétique ou rituelle, en particulier chez les femmes berbères
« lwcham » . Ces tatouages portaient des significations multiples, allant de la protection
contre le mal « jnoun, tabâa, jen lâchek , laïn… », à l’expression d’un statut marital ou
tribal. Dans un contexte psychologique moderne, les tatouages, comme la scarification,
peuvent également devenir des moyens d’exprimer une souffrance intérieure ou de
reprendre le contrôle sur son corps.
Sur ce fait L’analyse de la scarification dans toutes ses formes permet de mieux
comprendre l’évolution de ces pratiques, de leur ancrage traditionnel à leur réappropriation
contemporaine, surtout que sur le plan psychologique, la scarification contemporaine, souvent perçue comme un acte autodestructeur, revêt des significations diverses. Selon
Walsh, « elle est fréquemment utilisée comme une stratégie de régulation émotionnelle,
permettant à l’individu de transformer une douleur psychique intangible en une douleur
physique maîtrisable » Walsh (2006) 5. Chez certains hommes, cette pratique peut trouver
ses racines dans des perturbations liées à un attachement maternel dysfonctionnel. Par
exemple, un homme ayant grandi dans un environnement marqué par une froideur ou une
absence de soutien émotionnel pourrait recourir à la scarification pour exprimer des
émotions refoulées ou pour chercher un sentiment d’appartenance, parfois inconsciemment.
Dans ce travail de recherche on va étudier les liens entre les dynamiques
d’attachement maternel et le recours à ces pratiques corporelles, En s’appuyant sur des
cadres théoriques solides, tels que ceux de Bowlby et des recherches plus récentes (Gross,
Uusberg, & Uusberg, 2015) 6, ce travail ambitionne de contribuer à une meilleure
compréhension de ces comportements complexes. L’objectif est également de proposer des
perspectives cliniques adaptées, afin d’accompagner les hommes confrontés à ces
problématiques de manière empathique et culturellement informée.
Ce mémoire s'inscrit dans une démarche de recherche qualitative, qui vise à
comprendre l’attachement maternel dysfonctionnel vécue par quatre hommes qui ont l’âge
entre 35 ans et 45 ans, et qui pratiquent la scarification dans ses différentes formes. J'ai
choisi d'utiliser une méthodologie mixte, combinant des entretiens individuels et une
analyse de la littérature existante sur le sujet. Cette approche m'a permis de recueillir des
données riches et variées, qui m'ont permis de comprendre les mécanismes qui sont à
l'œuvre dans le processus de reconstruction psychique, et de pouvoir choisir les approches
thérapeutiques les mieux adaptées pour chaque sujet, afin d’amener les participants à
choisir le moyen de résilience le plus sain.
Researcher. Fadoua BENSEDDIK 1
Sociologist, Clinical Psychologist and Addiction Specialist, Morocco
Article publié : IJHER
Published: 01/10/2025
International Journal of Humanities and Educational Research
ISSN: 2757-5403
Volume 7, Issue 5, October 2025